La mer au delà du patio

La lumière hésitait sur le patio alors que le vent secouait les feuilles du figuier. L’été se terminait et la plage retrouvait sa sérénité.
Les deux frères fumaient sur la terrasse blanche, le nez face à la mer pendant que leur mère, leur soeur s’affairaient dans la cuisine. L’odeur de la coriandre et de la cannelle envahissaient l’espace.

Voilà longtemps qu’ils ne s’étaient pas retrouvés réunis dans la maison familiale, en fait depuis le mariage du cadet, il y a huit ans.

Elle souriait, ses enfants étaient là. Sa fille Rym grognait, elle aurait préféré une cigarette sur la terrasse au lieu d’émonder les amandes. Mais l’interdit était là.
Pays de machos ! marmonnait-elle.

Voila quinze ans qu’elle n’y vivait plus, partie en France faire ses études d’architecture et elle ne revenait que de manière  épisodique et furtive.
Depuis quelques années, elle s’était réinstallée au pays de naissance. Sa carrière d’artiste allait bon train.
Les voisins la prenaient pour une originale, quelque peu perchée, qui courrait de pays en pays installer ses expositions. Mais ils connaissaient la famille, une longue lignée d’une grande zaouia du sud ouest oranais dont l’un des membres avait crée la section des Oulémas à Oran durant la guerre d’Indépendance, alors …

Le soir tombait, la fleur d’oranger du tajine embaumait la maison.
La table était installée dans le patio, prés du figuier comme le souhaitait Rym : tajine aux nèfles et aux amandes, harira et bourrek. La glace venait de chez Mira en ville.

La table était mise sur une toile de Jouy, dénichée dans la brocante de la Médina el Jadida,  avec des oiseaux exotiques verts, des fleurs roses et jaunes sur un fond blanc qui lui rappelait sa chambre dans l’appartement maternel et surtout les gouaches de Baya. Le ciel semblait avoir été peint par Benanteur. comme un chagrin au bord de la mer avec un soleil qui déplie sa fatigue sur nos mémoires fondues dans les larmes de l’enfant.
Elle avait soudain envie de sauter à pieds joints dans les flaques d’eau, de tremper la lune dans la mer et de découdre les fils des entêtements et des obstinations niaises.
Myriam Kendsi

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